DĂ©CROCHAGE SCOLAIRE

RÉCONCILIER ENFANT ET ÉCOLE

L’initier au yoga, piquer une crise de nerfs, faire ses devoirs Ă  sa place... Vous avez tout tentĂ© mais rien n'y fait: les notes de votre enfant fondent comme la neige sur le Cervin en plein Ă©tĂ©. Comment lui redonner le goĂ»t d'apprendre sans perdre votre latin? DĂ©couvrez nos conseils pratiques pour rĂ©concilier votre progĂ©niture avec l'Ă©cole.

 

Sommaire:

1. Quels sont les signaux d’alerte d’un décrochage scolaire?
2. Pour quelles raisons votre enfant décroche-t-il?
3. Enfant paresseux, parents exigeants, prof sévère: à qui la faute?
4. Comment redonner la motivation et le goût de l'effort?
5. Les phrases assassines à éviter

Non au dérochage scolaire

Quels sont les signaux d’alerte d’un décrochage scolaire?

En Suisse, environ 7% des 18-24 ans abandonnent leurs études après l'école obligatoire. Manque de motivation, situation d'échec, les causes sont multiples, mais peuvent être décelées dès l'école primaire. Quand faut-il vraiment commencer à s'inquiéter? Certains signaux d'alerte ne trompent pas:

  • Signal d'alerte n°1: le bulletin de notes
    Les résultats scolaires restent, avec les appréciations des professeurs, l'indicateur le plus officiel que tout parent devrait suivre avec attention. Les notes de votre enfant sont-elles en dessous ou au-dessus de la moyenne? Sont-elles en constante progression ou chutent-elles brutalement? Dans quelles matières rame votre petit génie? Bien sûr, un « plantage » ponctuel peut toujours arriver. En revanche, passer d'une moyenne générale de 9 à 7 n'est pas forcément bon signe.

  • Signal d'alerte n°2: l’ordre et la discipline
    Ici encore, il s’agit de critères très classiques, mais qui ne sont pas dénués de sens. Les retards systématiques en classe ou les absences non justifiées sont un symptôme de décrochage. Un enfant qui ne se présente pas pour un cours une seule fois peut avoir été simplement distrait et trop plongé dans son jeu ou sa discussion pour entendre la sonnerie. Mais quand ce phénomène devient récurrent, il faut se poser des questions. Il en est de même s'il oublie un peu trop régulièrement son matériel scolaire ou ses devoirs, ou si les problèmes de discipline se multiplient alors qu'ils n'étaient pas présents au début de son parcours scolaire.

  • Signal d'alerte n°3: le comportement à la maison
    C'est lundi matin, votre enfant traîne les pieds. Simple caprice ou véritable phobie scolaire? On connaît le refrain du « j'ai pas envie d'aller à l'école ». Toutefois, des paroles plus rudes comme, « la maîtresse me déteste, mes copains sont méchants » méritent votre attention, surtout si l'enfant expose les situations inconfortables (voire traumatisantes) qu'il a vécues. Si l'humeur ronchon s'accompagne de troubles physiques (maux de ventre, maux de de tête, crises d'angoisse, attaques de panique) et que ses pleurs de supplication ne sont pas des larmes de crocodile, mieux vaut en parler à un enseignant ou consulter un psychologue.  

Tout changement soudain dans ses habitudes d'écolier est à prendre en compte. Ce n’est peut-être qu'un bref passage à vide, voire un acte de rébellion, mais il faut réagir avant que le problème ne se cristallise. Interrogez-vous:

  • Cette attitude est-elle ponctuelle ou répétitive?
  • Concerne-t-elle toutes les matières ou une seule?
  • Depuis combien de temps cela dure-t-il?

 

Zoom sur l'Association Dyslexie Suisse Romande (aDsr)

Fondée en 1996, l'aDsr œuvre en faveur d'une meilleure prise en charge et intégration des « dys » en Suisse romande. Dans un documentaire de 26 minutes à voir sur www.adsr.ch, jeunes « dys », parents, formateurs et thérapeutes témoignent.

Non au décrochage scolaire

Pour quelles raisons votre enfant décroche-t-il?

Vous avez repéré que votre enfant était sur la mauvaise pente: c’est déjà ça! Il va maintenant falloir investiguer pour en connaître la ou les raisons. Le désintérêt d'un enfant pour l'école peut s'expliquer par différents facteurs:

  • Troubles psychomoteurs
    Votre enfant raisonne brillamment, pourtant côté orthographe et lecture c'est la catastrophe. Comme 5% de la population*, il est peut-être « dys », c'est-à-dire atteint de troubles de l'apprentissage comme:
    - la dyslexie (difficultés à lire);
    - la dyspraxie (difficultés à écrire);
    - la dyscalculie (difficultés à appréhender les chiffres);
    - la dysphasie (difficultés à développer le langage oral).

    Dépistés tôt, ces obstacles sont surmontables. Pour améliorer les choses, il vous faudra de la patience et des séances régulières chez des spécialistes tels que:
    - logopédiste (thérapeute du langage);
    - médecin ORL (thérapeute de l'audition);
    - orthoptiste (thérapeute de la vue);
    - psychomotricien.

Qu'est-ce que le Trouble Déficit de l’Attention Hyperactivité (TDAH)

Votre petit bout présente des difficultés à rester sur sa chaise et à se concentrer plus de quelques minutes sur ce que dit la maîtresse? Peut-être souffre-t-il de TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec Hyperactivité). Les enfants dits hyperactifs (3 à 7% de la population) sont, en effet, plus sujets à l'échec scolaire. Un traitement médicamenteux, associé à une thérapie comportementale, suffit à faire des merveilles. L'association genevoise TDAH Impulse est une mine d'information sur le sujet:
www.associationtdah-impulse.ch

  • Troubles émotionnels
    L'environnement familial joue un rôle essentiel dans la réussite scolaire d'un enfant. Deuil, séparation, déménagement: ces événements peuvent être traumatisants pour une petite tête blonde (ou brune). Même s'il donne parfaitement le change, l'enfant n'a pas toujours les ressources pour gérer émotionnellement tous ces changements. Ouvrez l'oeil... et l'oreille!

  • Distractions (écrans, copains)
    À la puberté, la baisse d'effort à l'école peut aussi résulter d'un excès de socialisation, notamment virtuelle. Votre ado passe plus de temps devant son smartphone que dans ses cahiers? Il attache plus d’importance à son nombre de « J’aime » sur Facebook qu’à ses évaluations scolaires? Une désintoxication digitale s'impose. Il existe des applications parentales, comme parentsdanslesparages.com, qui permettent de canaliser le temps passé par votre jeune sur son smartphone ou sur son ordinateur.

  • Racket, harcèlement scolaire et « happy slapping»
    Soyez également attentif à l’intégration de votre enfant dans sa classe. Parle-t-il de ses camarades en rentrant de l'école? Se renferme-t-il quand vous lui demandez comment s'est passée sa journée? Racket, fausses rumeurs humiliantes colportées sur les réseaux sociaux et autres passages à tabac filmés avec téléphone mobile (« happy slapping ») sont une réalité. Une fillette qui passe ses récréations à subir les moqueries de ses camarades parce qu'elle est peu plus ronde que la moyenne peut tout à fait baisser les bras et décider de ne plus se rendre à l'école. Instaurer le dialogue avec son enfant est le meilleur moyen d'être informé sur ces situations... même si leur silence est parfois le plus parlant des indices.

L'échec scolaire des enfants à haut potentiel

Arrogants, rêveurs, paresseux: les élèves intellectuellement précoces (EIP), dits surdoués ou à haut potentiel ne présentent pas forcément les meilleurs bulletins. La raison? L'ennui, le plus souvent. Le site de l'Association Suisse pour les Enfants à Haut Potentiel donne des pistes aux parents: www.asehp.ch

Ecole et enfants à haut potentiel

Enfant paresseux, parents exigeants, prof sévère: à qui la faute?

Un parent trop exigeant ou un professeur trop contraignant peuvent complètement inhiber un écolier. Haaa, il est loin le bon vieux temps des coups de règle sur les doigts et autres bonnets d'âne. Si l'époque des châtiments corporels est fort heureusement aujourd'hui révolue, certaines paroles peuvent blesser et laisser des séquelles bien plus graves. Ainsi, un «décidément tu n'es qu'un bon à rien » ou « ta grande sœur y arrivait sans problème, elle » peuvent faire autant de ravages qu'un passage au coin, si ce n'est plus.

La réussite, c'est quoi au juste?

On veut tous que nos enfants réussissent. À l'école, pour commencer; dans leur vie personnelle et professionnelle, ensuite. Mais qu'est-ce que la réussite? Pour répondre à cette question philosophique digne de l'examen de maturité, demandez-vous, parents aimant et bien attentionnés que vous êtes, où vous placez le curseur. Prenons un 7/10 par exemple. Est-ce à vos yeux une note honorable ou le premier pas vers l'échec? Être nul en maths, mais 1er de la classe en sport est-il moins noble à vos yeux? S'il est bon de mettre une pression juste sur un enfant pour le pousser à donner le meilleur de lui-même, il ne faut pas non plus l'écraser sous vos attentes. Chaque enfant est différent. Différent des autres, mais aussi de vous. Si vous lui répétez qu'avec son 7/10 en français, il finira par dormir sous les ponts, il risque de ne pas se sentir à la hauteur de vos espérances démesurées et décrocher. Peut-être que la théorie n'est tout simplement pas son truc. Une réorientation vers une filière professionnelle, artistique ou sportive peut alors s'avérer judicieuse.

Le redoublement: une bonne idée?

Le conseil de classe a tranché, la sentence est tombée: votre enfant redouble à la prochaine rentrée. Repiquer 1, 2, 3 années au cours de sa scolarité n'est pas un drame. Bien au contraire: l'équipe pédagogique vous dira sûrement qu'il s'agit d'une chance, une façon de reculer pour mieux sauter: faites-leur confiance! Par ailleurs, 2%* des élèves suisses choisissent de redoubler pour partir vers un autre type d'enseignement, souvent plus ambitieux. On parle alors de redoublement mobile (réorientation), à distinguer du redoublement stable (refaire le même niveau pour combler des lacunes et consolider les acquis), qui concerne, lui, 1,8%* des enfants suisses du secondaire I.

MATAS: kézako?

Les Module d’Activités Temporaires Alternatives à la Scolarité  permettent de faire une pause avec le système scolaire sans en sortir complètement. Plusieurs structures en Suisse romande proposent ce mode d'enseignement, notamment à Yverdon-les-Bains (MATAS du Parc) et Bex (L'Accroche) pour les élèves en difficultés des Alpes vaudoises.

Comment redonner la motivation et le goût de l'effort?

C'est son troisième zéro pointé ce mois-ci? Tout n'est pas perdu: le décrochage scolaire ne survient pas du jour au lendemain. Il y a une longue phase transitoire pendant laquelle (bonne nouvelle!) vous avez le temps d'agir. Adopter un discours adapté, entre sermon et encouragements, n'est pas l'exercice le plus facile pour les parents. Heureusement, des solutions concrètes existent pour aider les élèves qui accumulent les mauvaises notes à sortir de « la spirale de l'échec ».

  • Instaurez un cadre
    Avez-vous déjà vu un enfant aller tout seul se coucher à une heure raisonnable, ne manger que des légumes et ne pas jouer trop longtemps aux jeux vidéo? Si c'est le cas, merci de nous laisser votre recette! Non bien sûr. C'est votre rôle à vous, parent dépassé aimant et responsable, de poser les règles. Un temps de sommeil adapté, une alimentation saine, des loisirs en extérieur sont autant de conditions qui facilitent l'apprentissage. Un esprit sain dans un corps sain: il n'y a pas d'âge pour appliquer cet antique proverbe.

  • Apprenez-lui à apprendre
    Tout le monde n'est pas capable spontanément de prendre des notes de manière efficace ou de faire des fiches de révision. L'art de la synthèse et de l'organisation n'ont rien d'inné. L'astuce pour éviter de noyer votre enfant sous les conseils et lui apprendre à nager dans le sens du courant? Rédiger une fiche ensemble, puis deux. Passez-lui la main progressivement et voyez où sont ses lacunes pour combler chacune d'entre elles à tour de rôle.

  • Analysez ensemble les fautes commises
    Une mauvaise note en dictée ou en mathématiques ne signifie rien en elle-même. Est-ce que c'est l'accord des participes passés qui lui posent problème ou la ponctuation? Est-ce qu'il s'agit de fautes d'inattention ou de compréhension? Reconnaître exactement là où votre enfant rencontre des difficultés permet de trouver les solutions pour ne pas les répéter.

  • Sollicitez une aide aux devoirs
    Que ce soit vous, un voisin, un grand frère, un professeur ou un spécialiste extérieur, un petit coup de main peut s'avérer nécessaire pour les élèves qui n'ont pas eu assez d'explications en classe. Répétitoires, Services Educatifs Itinérants (SEI), organismes privés de soutien scolaire à domicile: la Suisse romande offre des solutions d'aide éducatives variées, du primaire I au secondaire II.

  • Mettez votre enfant en confiance
    Tout le monde ne peut pas faire 10/10 tout le temps. Rappelez à votre enfant les domaines dans lesquels il performe, ne négligez pas ses pas en avant... S'il sent que vous êtes derrière lui, prêt à le porter vers le haut, il laissera moins facilement tomber l'école.

Zoom sur le SEI

Gratuit et à domicile, le Service Educatif Itinérant vient en aide aux enfants de 0 à 6 ans présentant des difficultés à l'école. Le premier a vu le jour en 1958 dans le canton de Vaud, sur l'initiative de la pédagogue Renée Delafontaine.

Les phrases assassines à éviter

Même exprimées « pour son bien », certaines phrases répétées régulièrement ne feront qu'accentuer l'anxiété de votre enfant et son refus du système scolaire, voire anéantir sa confiance en lui-même. Par exemple:

  • Les comparaisons assassines:
    « Heureusement, ta grande sœur a de bonnes notes, elle »

  • Les étiquettes
    « Tu n’es vraiment pas fait pour les études »

  • Les conclusions dramatiques
    « Tu veux vraiment devenir poubelleur? »

  • La dévalorisation des enseignants
    « Mon fils n’a pas de problème, c’est le prof qui doit se faire soigner »

  • Les projections parentales
    « Les maths, c’est super important pour devenir ingénieur ou médecin »

  • La déresponsabilisation
    « Les questions étaient difficiles, le pauvre, il n’a vraiment pas de chance »

L'exemple est peut-être à prendre chez les Anglo-saxons, qui voient en l'échec une occasion de s’améliorer. Ce qui est certain, c'est que chacun a sa part de responsabilité dans le parcours scolaire d'un enfant: lui, ses enseignants, et vous parents. Un vrai travail d'équipe en somme!

*Sources:

Ecole et nature

Adresses utiles pour parents en détresse

Votre enfant peine dans telle ou telle matière? Pour lui, école rime avec heures de colle? Ces associations suisses d'accompagnement à la scolarité devraient vous sortir d'affaire:

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